Going Full Gas

Milano-Sanremo 2026

Plan de Milan - San Remo 2026 © R.C.S.

Ce samedi 21 mars 2026 s’élancera la 117e édition de la Primavera, le premier Monument de la saison cycliste. À 10 h 10 précisément, le peloton prendra le départ d’une interminable traversée vernale de la Lombardie, avant d’atteindre la côte Ligure. Depuis quelques années, la classique printanière, « Milan – San Remo », a pris une toute nouvelle dimension. La quête perpétuelle du succès de Tadej Pogačar sur la via Roma a, contre toute attente, scellé, de plus en plus, le scénario d’une course particulièrement indécise. Mais les échecs constants du double Champion du Monde, dominateur cannibale des courses World Tour du plateau, n’en rendent pas moins le final, de ce long déroulé barbant, toujours plus exaltant.

Profil de Milan - San Remo 2026 © R.C.S.

Point météorologique de Milan - San Remo 2026

Alors que les prévisions météorologiques initiales annonçaient un vent favorable à une semaine de l’événement printanier le plus attendu, la donne a finalement changé. Au moment où le peloton atteindra la côte ligure au niveau de Gênes, un léger vent de sud-ouest se mettra en travers de leur route. Aux antipodes des prédictions de lundi dernier, les conditions météorologiques prévues ce samedi s’annoncent bien différentes.

© MyWindSock

sLoin du vent portant espéré, ce sera un nouveau caillou qui viendra se loger dans la chaussure de Tadej Pogačar et de l’équipe UAE Team Emirates, en cette année 2026. Les émiratis devront composer avec ces conditions défavorables et faire preuve d’une grande adaptabilité tactique pour espérer, enfin, s’imposer sur la via Roma.

Points clés de Milan - San Remo 2026

Chaque année, certains imaginent les scénarii les plus fous autour du Passo del Turchino (2.4 kilomètres à 5.1 %) et sa descente rapide et scabreuse. Malheureusement, toute tentative ne restera qu’un fantasme de suiveurs un peu candides.

51.6 kilomètres de l’arrivée : le Capo Mele (1.7 kilomètre à 4.3 %), après 250 kilomètres de course, fait son apparition. Bien connu des aficionados du Trofeo Laigueglia, le premier des trois Capi mythique est le point de déclenchement d’une course à l’élimination des moins résistants.

46.7 kilomètres de l’arrivée : le Capo Cervo (1.5 kilomètre à 2.9 %) permet de fondre vers Diano Marina

38.9 kilomètres de l’arrivée : le Capo Berta (1.9 kilomètre à 6.4 %) devra, sans doute, cette fois-ci, être scruté de très près. Point de bascule, le dernier des capi pourrait servir le plan émirati afin de préparer le terrain à leur plan « Cipressa ». 

27.3 kilomètres de l’arrivée : pied de la Cipressa où chaque année, embouteillage il y a pour les coureurs les plus mal placés. La montée à plein régime du Capo Berta doit servir à être placé au mieux dans les rues d’Impéria, afin de ne pas se faire déborder à l’approche de la Cipressa.

21.7 kilomètres de l’arrivée : la Cipressa (5.6 kilomètre à 4.1 %) est-elle devenue le nouveau juge de paix de Milan – San Remo ? En ayant réussi le coup en 2025, après l’attaque décisive de Gabrielle Colombo, 29 ans auparavant, les UAE émirates ont clairement rebattu les cartes de la Classique des sprinteurs. 

Année
Temps d'ascension
Vitesse moyenne
2025
8:55
37.38 km/h
2024
9:35
35.69 km/h
2023
9:50
34.78 km/h
2022
9:30
36.00 km/h
2021
10:02
34.09 km/h
2020
10:30
32.57 km/h
2019
10:26
32.78 km/h
2018
10:29
32.62 km/h
2017
9:50
34.78 km/h
2016
10:00
34.20 km/h
2015
10:14
33.42 km/h
2014
10:30
32.57 km/h
2013
10:49
31.62 km/h
2012
10:20
33.10 km/h
2011
9:47
34.96 km/h
2010
10:05
33.92 km/h
2009
9:45
35.08 km/h
2008
10:08
33.75 km/h
2007
9:56
34.43 km/h
2006
9:55
34.49 km/h
2005
9:57
34.37 km/h
2004
10:01
34.14 km/h
2003
9:55
34.49 km/h
2002
10:24
32.88 km/h
2001
9:35
35.69 km/h
2000
9:50
34.78 km/h
1999
9:28
36.13 km/h
1998
9:38
35.50 km/h
1997
9:42
35.26 km/h
1996
9:19
36.71 km/h

Ces derniers sont en incapacité de monter la Cipressa, en moins de 9 minutes. Ce que Mathieu van der Poel et Tadej Pogačar ont fait, et sont en capacité de rééditer pareille exploit.

Les nombreuses reconnaissances, en compagnie de Niccolò Bonifazio, resté dans les mémoires pour sa descente à tombeau ouvert en 2019, finiront-elles par porter leurs fruits ? Rien n’est moins sûr.

5.6 kilomètres de l’arrivée : si ces repérages en amont ne suffisent pas à faire la différence, tout se jouera alors dans le Poggio (3.6 kilomètres à 3.7 %) qui sera le juge arbitre, comme il l’a toujours été au XXIe siècle… Enfin jusqu’à ce que Pogačar comprenne qu’il aura des difficultés à se défaire de tous ses adversaires.

À la bascule, la descente du Poggio ne sera pas sans risque. Pour certains comme Tom Pidcock ou Matej Mohorič, l’option est simple : sans cesse à la limite, soit ça passe, soit ça casse.

2.4 kilomètres de l’arrivée : pied de la descente du Poggio.

900 mètres de l’arrivée : pied de la descente du Poggio.

700 mètres de l’arrivée : pied de la descente du Poggio.

Vue depuis la ligne d’arrivée

Les favoris de Milan - San Remo 2026

Jusqu’à présent, Milan – San Remo est une équation insoluble pour Tadej Pogačar. Il a beau retourner le problème dans tous les sens, ajuster les compositions d’équipe, tenter différentes approches du final, le verdict reste inchangé : Mathieu van der Poel s’impose comme la réponse finale.

Cette 117e édition, l’équation semble se complexifier. Plusieurs inconnues viennent perturber le schéma établi et soulève plusieurs interrogations :

Comment manœuvrer une montée record de la Cipressa, selon toute vraisemblance, freinée par un vent défavorable ?

– Doit-on être le plus frais possible dans les « Caps » ou y aller « full gas » ? En filigrane, c’est toute l’approche « économe » de la Cipressa, choisie en 2025, qui pourrait être repensée.

– Les absences de Jhonatan Narvaez et Tim Wellens peuvent-elles être pallier par Jan Christen et Isaac del Toro ?

– Faut-il basculer seul au sommet ou s’appuyer de Torito pour les 9 kilomètres de replat entre la fin de la descente de la Cipressa et le pied du Poggio ?

Afin de faire vaciller cette hiérarchie immuable qui s’est établie avec Mathieu van der Poel, la première des choses sera d’éviter d’aborder le pied de la Cipressa, en 42e position, comme cela avait été le cas en 2025. 

Jan Christen aura ensuite la lourde tâche de suppléer Tim Wellens. En gardant le même schéma : faire les 1.4/1.5 premiers kilomètres (à 5.3 %), le plus rapidement possible. Le Belge l’avait fait en 2 minutes 25 secondes environ, soit une puissance moyenne d’environ 430 watts, à maintenir.

Théoriquement, le Suisse a montré pouvoir gérer ce type d’effort prolongé, en passant un relai de plus de 4 minutes sur les Strade Bianche.

L’an passé, Jhonatan Narvaez avait appuyé son relai jusqu’à la marque voulue pour lancer les 25 secondes les plus intensives possibles d’Isaac del Toro. Le Mexicain n’étant pas présent, le lancement de l’attaque de Pogi a dû être anticipé.

Une attaque mentionnée à deux endroits, dont celui-ci sur les conseils de Tim Wellens. Précisément, juste avant que la pente ne se fasse la plus abrupte (9 %).

L’intérêt d’imprimer un gros tempo dans le Capo Berta sera d’écrémer le peloton, afin d’aborder le pied de la Cipressa en tête et dans de meilleures conditions. Dès lors, deux options s’offrent aux Émiratis :

Soit garder Isaac del Toro en relais, si Mathieu van der Poel est immédiatement dans la roue, afin que le champion du Mexique puisse tout donner sur un effort de deux minutes maximum. Appelons ce plan : « Rocket ».

Soit le placer derrière Pogačar, si Mathieu van der Poel est plus reculé, afin que le récent vainqueur de Tirreno-Adriatico reproduise le même schéma que sur les Strade Bianche, où il avait constitué un obstacle sur la route de Paul Seixas. En créant la cassure, Pogačar s’assurerait alors de disposer de quelques secondes difficiles à combler. Appelons ce plan : « Butterfly ».

Pour maximiser les chances d’aborder la Cipressa en tête de peloton, il conviendra de choisir la gauche de la chaussée. Ce qui les Ineos Grenadiers ont compris depuis des années. Ce qui a permis tout au long des dernières éditions, à Filippo Ganna, de ne jamais sortir des dix premiers entrants au pied de la Cipressa :

– 2025 : troisième

– 2024 : huitième

– 2023 : quatrième

En choisissant la gauche de chaussée, les émiratis avaient vu la corde droite se refermer, en bas de la descente. Ce qui les avaient fait reculer de trente places.

Mathieu van der Poel a peu à peu fait de San Remo son royaume. Vainqueur des éditions 2023 et 2025, il a même laissé la victoire en 2024 sous le giron de son équipe, avec la victoire de Jasper Philipsen, comme si tout était sous contrôle. Malgré l’usure des kilomètres, ni les pentes du Poggio, ni celles de la Cipressa ne semblent suffisantes pour faire plier le sociétaire de la Alpecin – Premier Tech. Disons-le clairement, pour lui, l’arrivée n’est pas sur la via Roma… mais bien avant. S’il parvient à basculer en compagnie du Slovène, au sommet de la Cipressa, alors la balance penchera drastiquement en sa faveur. Dans ce scénario, il ne devient pas le grandissime favori. Il devient l’homme à abattre à tout prix.

Les espoirs émiratis reposeront sur un grain de sable dans la mécanique du Champion du Monde 2023 : une errance dans le placement à un moment stratégique, comme cela a pu lui arriver par le passé. On pense notamment à 2023, lorsqu’il avait abordé le pied du Poggio trop loin des premières positions. À ce niveau, la moindre approximation peut tout coûter la victoire. Malheureusement, même si cela a pu lui arriver sur des bordures lointaines, lors du Ronde van Vlaanderen, MVDP n’est que rarement hors de position. Il faut donc s’attendre à un mano-a-mano à la régulière.

Les outsiders de Milan - San Remo 2026

Quid du sort de la course, si Tadej Pogačar n’arrive pas à se défaire de Mathieu van der Poel ? Jasper Philipsen, lucide, espère qu’un enterrement de première classe ait lieu entre les deux hommes, afin d’avoir une chance de refaire son retard au sommet de la Cipressa. La direction du vent pourrait lui faire espérer qu’une telle situation se produise, mais son leader est-il aussi joueur ? Certain de son fait, Mathieu van der Poel pourrait ne pas refaire le même cadeau qu’il y a de cela deux éditions.

Le all-in Pogačar a ses vices et ses vertus. Sur 99 % des courses, c’est un gage de victoire assurée. Seulement, Milan – San Remo fait partie des 1 % des courses les plus difficiles à gagner pour le double Champion du Monde. Isaac del Toro semble disposer d’une meilleure pointe de vitesse en comité réduit. Hélas, en se mettant à 120 % au service de son leader, les ambitions personnelles du Mexicain sont réduites à néant. Soyons clairs : Torito a, nettement, plus de chance de gagner ledit Monument que Pogi.

Si une équipe devait être la grande gagnante des conditions climatiques défavorables, ce serait la Visma – Lease a Bike. Enfin c’était probablement le cas, jusqu’à l’annonce de dernière minute du retrait de Matthew Brennan, pour cause de maladie. Son remplacement par Victor Campenaerts est peut-être une mauvaise Pogačar. Véritable bête à rouler, le Belge n’hésitera pas à vider le tank pour faire la portion de replat entre la Cipressa et le Poggio. Pour autant, Wout van Aert en est-il le vrai bénéficiaire ? Le vainqueur dudit Monument, en 2020, a clairement annoncé la couleur, en venant pour gagner. Pour autant, le peut-il vraiment ? Sur la forme, pourquoi pas. Toutefois, sera-t-il bien placer au pied de la Cipressa ? On peut raisonnablement en douter, tant il ne frotte plus comme avant. Sera-t-il aussi rapide qu’avant en comité réduit ? Ces récents sprints en pareille société ont prouvé le contraire. Si la Cipressa devait être aussi explosive que prévue, les grimpeurs pourraient très rapidement avoir leur mot à dire. Et si dans ces conditions, Matteo Jorgenson ne devenait pas le vrai leader des Guêpes ?

La course, en ayant pris une dimension singulière dans la Cipressa, s’est résolument tournée en faveur des hommes explosifs face aux sprinteurs polyvalents. Si la logique est respectée, alors Tom Pidcock doit être l’un des concurrents principal à la victoire sur la via Roma. Tout le monde atteint à ce que le sociétaire de la Pinarello Q36.5 face parler ses talents de descendeur au sommet de la Cipressa, afin de revoir une victoire à la Matej Mohorič.

Parmi les invités de dernières minutes, Mads Pedersen sera la bonne surprise des Lidl-Trek. Le Danois est de retour à la compétition, après sa chute sur la Volta Comunitat Valenciana. La logique voudrait que le Champion du Monde 2019 soit un peu court. Toujours est-il que s’il s’aligne sur la course, c’est qu’il est en condition d’être compétitif.

Si la course doit virer au « sauve-qui-peut » dans la Cipressa, la doublette Primož RogličGiulio Pellizzari ne sera pas inintéressante. Difficile de croire à l’un comme l’autre sur un sprint plat en petit comité, mais dans un jeu tactique, le duo pourrait espérer surprendre son nom.

Grand objectif de sa saison, Filippo Ganna désire, peut-être même plus que Tadej Pogačar, accrocher ce Monument à son illustre palmarès. Néanmoins, le natif de Verbania sait qu’il est nettement dominé en montée. Son Tirreno-Adriatico a rassuré quant à la puissance qu’il peut développer sur le plat, mais s’est révélé bien moins convaincant dès que la pente s’est élevée. Malgré tout, même si l’Italien est distancé, il ne lâchera jamais le morceau. Il ne faut donc pas le rayer de la liste.

Prédiction

C’est, sans doute, contre-intuitif, mais un vent défavorable ne pourrait-il pas favoriser une victoire en solitaire de Tadej Pogačar ? Adepte des attaques prolongées, le Slovène voit ses chances diminuer à mesure que l’écart est rapidement comblé : plus le temps se fait long pour accrocher sa roue, plus il pourra finir par prendre mètre après mètre. Dans ce contexte, Mathieu van der Poel pourrait finir par céder, incapable de combler ces 4-5 mètres de retard sur l’attaque thermonucléaire du leader émirati.
Si le travail d’UAE Emirates XRG est bien exécuté, le peloton devrait se disloquer en mille morceaux. Avec un vent de face, les individualités deviendront plus calculatrices. Et les secondes, elles, s’additionneront jusqu’à devenir irrécupérables au pied du Poggio. C’est peut-être dans ces conditions, a priori défavorables, que Tadej Pogačar parviendra enfin à inscrire Milan-San Remo à son palmarès.

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