Etape 20 Giro d’Italia 2021

164 kilomètres entre Verbania et Alpe Motta qui promettent d’être intense. Dernière occasion de renverser le Giro à la façon de Christopher Froome en 2018, en se lançant dans un raid loin de l’arrivée. Seul Yates semble en position : 2’49 d’Egan Bernal et avoir le tempérament pour. Tout autre coureur du Top 10 sera contraint à une attaque de la dernière chance pour tenter un rapproché quasi-impossible du podium avec entre 3 minutes 22 pour Aleksandr Vlasov et 5 minutes 37 à combler. La solution la plus simple semble la recherche d’un accessit pour lesdits coureurs.

Avec 12, 8, 6, 5, 4, 3, 2 et 1 point(s) distribués pour les huits premiers coureurs classés au sprint intermédiaire situé à Cannobio (km 16.9), la bataille pour le maillot ciclamen semble est désormais joué. La messe est dite pour Peter Sagan qui ne peut plus être rattrapée. C’est sensiblement la deuxième place se tenant en seulement trois petits points qui devrait rythmer le départ d’étape. Il ne sera donc pas aisé de sortir avec une UEA émirates maîtrisant le peloton pour Fernando Gaviria. A moins que ce dernier ne soit de tous les coups. Dans ce cas, Patrick Bevin et Matthias Brändle veilleront aux grains pour juguler toute tentative du colombien et défendre la troisième place de Davide Cimolai qui marquera à la culotte son concurrent direct.

Mais il ne sera pas aisé de sortir sur la première heure de course avec un relief totalement plat. D’autant que les aspects tactiques du classement général rentreront en jeu :

  • la Deceuninck Quick Step et les UEA émirates devraient tenter de mettre des pions à l’avant afin de servir de relais plus tard dans l’étape ;
  • les Ineos Grenadiers devraient encore une fois chasser derrière toute échappée comportant des hommes desdites équipes.

Cette fois les deux premières citées auront un rôle pivot si une alliance s’est créée entre elle : la victoire d’étape pour Joao Almeida est une potentielle remontée au classement général et la tentative de renversement du classement général avec sa prise en main pour Simon Yates.

De 593 mètres d’altitude à 2065, il faudra avoir le coeur bien accroché pour ne pas subir le tempo de certaines équipes dans les 23.7 kilomètres à 6.2 %.

Une ascension escamotée avec un vent de face. Y voir donc des attaques si tôt semble utopique. Tant le temps n’accordera guère de clémence pour les plus braves.

Mais l’étape de la veille pourrait donnée des idées à une équipe comme la Deceuninck Quick Step prête à tenter l’élastique jusqu’au point de rupture dans la descente technique qui s’en suit. Piégeant d’ores et déjà des leaders mal placés.

Un nouveau coup d’épée dans l’eau ?

Le vent trois quarts face sur une section plus “plate” entre Hintterein et Spülgen pourrait mettre à néant cette tentative.

Le Spülgenpass culminant à 2115 mètres, un monstre long de 8.9 kilomètres à 7.3 %. Un objectif simple : faire un écrémage maximal et user ses coéquipiers jusqu’à y placer une attaque pour la Bike Exchange du moins. Pour les Ineos Grenadiers, la question repose plus sur la survie. Au plus Egan Bernal est entouré, au mieux la fin d’étape peut être géré et les écarts contrôlés.

Avoir un vent favorable est toujours un gage d’avoir une ascension offensive. Avec un sommet situé à guère moins de 30 kilomètres de l’arrivée, la montée de Spülgenpass sera nécessairement l’endroit où Simon Yates tentera son va-tout.

Une descente rapide et technique qui ne sera pas sans désavantager les attaquants qui descendront le mieux.

Mieux vaut ne pas tenter le raid solitaire cependant. Si la descente se fait avec un vent favorable, il en est tout autre chose avec la première partie de la dernière ascension où un groupe de chasse sera nécessairement favorisé contre un homme seul. La contrainte est donc posée : une alliance doit être faite pour Yates.

7.3 kilomètres à 7.6 % …

…dont seul les deux derniers sont montés avec un vent favorable.

Un dernier virage à 600 mètres.

200 derniers mètres plus doux à 3.9 % qui favorise très nettement un coureur comme Joao Almeida en cas de sprint en petit comité.

Si Simon Yates jouait au poker, il aurait sans doute la pire des mains et tout le monde à table le saurait. Le britannique de la Bike Exchange est contraint à l’attaque… Contraint à l’attaque de loin ! Seulement si un raid solitaire comme il l’a fait sur le Tour des Alpes à Feichten im Kaunertal est à espérer. La tentative seule s’apparente à une opération suicide. Yates est donc obligé de faire des concession. Mettre des coéquipiers à l’avant en relai n’étant pas aisé avec une Ineos qui tentera sans doute d’imprimer son tempo pour juguler au mieux les attaques et un Pippo Ganna veillant au grain pour qu’aucun Bike Exchange ne fasse partie des échappées.

S’il veut espérer reprendre le temps qui le sépare d’Egan Bernal, il doit faire alliance. Joao Almeida est sans nul doute son meilleur allié dans ce type de croisade. Le portugais de la Deceuninck Quick Step libéré des chaines de Remco Evenepoel est transcendé. D’abord à l’offensive à Cortina d’Ampezzo, il n’aura cessé d’être en vue sur les arrivées au sommet de Sega di Ala et Alpe di Mera. De tous les leaders, il détient sans doute la meilleure main. Si Egan Bernal est au dessus de ce qu’il a montré sur les deux dernières arrivées au sommet, Almeida peut profiter de sa pointe de vitesse pour régler un groupe de leaders qui n’aura su à se départager. Si alliance, il y a avec Yates alors il aura l’avantage de pouvoir faire pression pour le gain d’étape afin de collaborer avec le britannique.

Une position forte que pourrait avoir Damiano Caruso. Mais en réalité, il en est tout autre. L’italien de la Bahrain Victorious doit-il suivre Yates pour défendre sa deuxième place au risque d’exploser ? Ou doit-il compter sur le travail défensif des Ineos Grenadiers comme la veille pour assurer un podium inespérer. Monsieur Constant à une place de choix pour remporter le Giro, s’il suit Yates. Mais le britannique voudra nécessairement se débarasser de cette épine dans le pied pour ravir le maglia rosa. Jusqu’alors Caruso n’a jamais tenté mieux qu’une défense de position. Et à surtout concéder rêver de podium que de tout tenter pour remporter le Giro au risque de perdre le podium d’une vie. Un sacré dilemne que le leader de remplacement devra résoudre de lui-même.

Que ce soit Aleksandr Vlasov, Hugh Carthy ou Romain Bardet, tout trois ont le caractère offensif pour rechercher un accessit sur la 104 édition du Giro. Mais c’est sans doute le français qui trouve un terrain à sa mesure aujourd’hui. Bien que sans image sur les pentes du Passo Giau, le leader de la Team DSM aura été un artisan du final. Connu pour ses qualités de descendeur, c’est sans doute ces dernières qui lui feront accrocher le wagon de tête lorsque Yates attaquera dans les pentes de Spülgen. Et si Yates attend la montée finale, ce qui est peu probable alors Bardet pourrait tenter de partir dans la descente en solitaire et creuser suffisamment d’avance comme il l’avait fait à Saint Gervain Mont Blanc en 2016. 14e à Sega di Ala et 10e à Alpe di Mera sur des montées explosives qui ne lui scient guère, l’ancien coureur emblématique de la AG2R Citroën La Mondiale trouve un terrain à sa mesure et surtout un type de course offensive qui lui convient à merveille. Les hauteurs vertigineuses ne sont pas un frein si on se rappelle sa montée de l’Izoard en 2017 ou même du Galibier. Aujourd’hui si le Romain d’antan est présent, ça doit Bardet !

PRONOSTICS

coureurstype de classementcotemisebookmakers
Joao AlmeidaVainqueur 4.30.5 %
Romain BardetPodium 200.25 %

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