Etape 20 Giro d’Italia 2020 Preview

Honteux, désolant, rassurant… Nombre sont les qualificatifs qui peuvent entourer la modification de parcours de cette dernière étape. Si les conditions climatiques menaçaient le Stelvio et le col d’Agnello. Ce sont les pouvoirs publics français qui ont eu raison de ce dernier et du col de l’Isoard.

Profil Etape 20 du Giro d’Italia 2020 @ RCS

Exit les plus de 5300 mètres de dénivelé positif, l’étape du jour est totalement revue à la baisse. Si la distance n’évolue pas, le dénivelé est à la baisse… largement. Seulement guère plus de 3400 mètres de dénivelé. Et pourtant, loin de se faire une fausse idée, avec un podium et une victoire finale se jouant sous les 20 secondes. L’étape est promise à un feu d’artifice.

Couper la tête de l’Hydre Sunweb

A l’image d’Hercule face à l’hydre de Lerne, Tao Geoghegan Hart doit couper des têtes. La première d’entre-elles : celle de Wilco Kelderman. Inférieur au néerlandais dans l’exercice de l’effort solitaire, le britannique doit reprendre du temps. Pointant à 15 secondes, le coureur de la Ineos Grenadier doit chercher à reprendre au moins une minute demain. Si l’étape du Stelvio a montré les limites de l’actuel porteur du maillot rose en montagne comparé à la jeune génération. Elle a aussi révélé ce que tout le monde pressentait : Jai Hindley est plus qu’un coéquipier. C’est un co-leader dont TGH aura du mal à se défaire. Pour se faire, les Ineos Grenadier doivent s’atteler à plusieurs travaux.

Capturer les cavaliers d’Alba

Qui dit dernière étape de montagne avant un contre-la-montre de clôture à Milan, dit nécessairement une dernière occasion pour les baroudeurs. Ils seront donc nombreux à vouloir tenter leur chance. D’autant que la Sunweb verrait d’un bon œil, l’échappée prendre le plus de champ possible. Seulement deux obstacles viennent se dresser sur la route de la bonne échappée. Le premier étant le relief.

Avec 100 premiers kilomètres d’un plat quasi-total, la lutte devrait être longue pour prendre l’échappée. Chaque équipe voudra nécessairement y être représentées. Cela implique que si la Sunweb souhaite faire rideau rapidement, il y aura toujours une équipe pour relancer le coup. Quoi qu’il en soit, la lutte ne devrait pas durer en longueur (plus d’une heure), de crainte de ne condamner définitivement les chances de succès de l’échappée. Et il est un moment où le peloton stoppera les velléités. Pour un temps… Puisque le second obstacle va se dresser sur la route des fuyards de manière inéluctable.

La Ineos Grenadier sera à coup sûr l’équipe qui se mettra en chasse. Tao Geoghegan Hart ne pointant à 15 misérables secondes de Wilco Kelderman et 3 minuscules secondes de Jai Hindley, l’équipe britannique verrait d’un bon œil rafler les bonifications à l’arrivée. Des secondes gratuites sur lesquelles on ne peut cracher lorsqu’on est l’équipe des gains marginaux. L’échappée est donc condamnée par le travail d’un homme capable de maîtriser à lui seul un groupe de fuyards. Filippo Ganna devrait très vite être mis à contribution en se relayant avec Salvatore Puccio. Les deux hommes devront être solides car ils ne seront guère aidés par d’autres équipes dans cette tâche. Hormis une équipe ayant loupé le coche et désireuse de chasser l’étape malgré la bataille promise entre leaders. Les Ineos comptant en moins Geraint Thomas et Jhonatan Narvaez, la gestion d’effectif est primordiale. Chaque élément du train infernal que l’on a pu connaître dans ces grandes gloires passées (pas si longtaines) doit étinceler de durabilité pour mener à bien la mission ” Tao en rose “. Une fois le faible écart stabilisé, la vraie partie commencera à Perosa Argentina où Ben Swift, Jonathan Castroviejo et Rohan Dennis feront leur œuvre. Ici, les coureurs débuteront une longue ascension à l’image de Val Thorens et ses 33.4 kilomètres à 5.5% sur le Tour de France 2019.

Son pendant italien sera la première montée vers Sestrières : 38 kilomètres à 3.8%. Une longue montée inexorable où l’écrémage par l’arrière devrait se faire sous le tempo des hommes de Dave Brailsford.

Dompter le circuit final

Le sommet de Sestrière sera franchi trois fois. Une première fois à 52.1 kilomètres de l’arrivée, une deuxième fois à 26.7 kilomètres et une troisième fois au bout des 190 kilomètres de course. Toute la question est de savoir quand les Ineos décideront d’imprimer un si gros tempo que Wilco Kelderman lâchera. La première devrait être la bonne réponse.

Sur la dernière, il semblera trop tard pour mettre au moins la minute d’écart à ce diable de néerlandais. Et sur la seconde, la stratégie des Sunweb devrait totalement changer la donne.

L’équipe néerlandaise a deux voies qui s’offrent à elle :

  • miser sur Wilco Kelderman
  • miser sur Jai Hindley

Chaque carte ayant son moment précis dans la course au maillot rose.

Asphyxier le Lion d’Amersfoort

Les apparences en cyclisme sont rarement trompeuses. Visiblement à la peine sur l’énorme relai de Jai “Indley” comme Gigi aime à l’orthographier, Kelderman n’a jamais plié sur les pentes du Piancavallo. Ce sont sur les pentes du Stelvio sous l’impulsion de Rohan Dennis qu’il a finalement rompu. Comptant un débours de 46 secondes au sommet sur le trio de tête composé de Rohan Dennis, Tao Geoghegan Hart et Jai Hindley. Ne concédant aucune seconde dans la descente. C’est pourtant sur les pentes plus clémentes menant au Lac de Cancano que le néerlandais est apparu en perdition. D’abord rattrapé et aussitôt déposé par le duo Jakob Fuglsang / Pello Bilbao. Le décompte à l’arrivée fut lourd : 2’18”.

L’objectif de demain résonne comme un bis repetita : lâcher le plus vite le maillot rose et le mettre hors de portée. Le dilemme de la Sunweb devrait être vite résolue : plus loin de l’arrivée Kelderman est lâché, plus Hindley a de liberté. Plus près de l’arrivée Wilco craque, plus Jai doit l’aider et se laisser décrocher.

La pièce maîtresse d’une victoire finale de Tao Geoghegan Hart au Classement Général devrait une nouvelle fois résider dans le travail de Rohan Dennis qui aura été tout simplement monstrueux sur les pentes du Stelvio signant un temps d’ascension de 1 heure 11 minutes et 7 secondes. La même performance est attendue sur les pentes de la première ascension.

Capturer la biche de Perth

Une fois, Kelderman lâché dans la première des trois ascensions de Sestrière. Jai Hindley n’aura d’autre choix que de devenir le leader de substitution de la Sunweb. Sauf qu’un problème demeure, l’australien doit se débarrasser du britannique. Impossible si ce dernier a encore des coéquipiers. Qui l’aideront nécessairement à revenir sur un Hindley entreprenant. Le maillot blanc doit donc attendre d’être isolé avec son dauphin pour tenter le coup. La mission de Rohan Dennis est donc double : imprimer un gros tempo et tenir le plus longtemps possible le groupe de tête. De préférence en laissant les jeunes se départager dans la montée finale. Une situation nécessairement à l’avantage de Tao Geoghegan Hart qui n’aura jamais été attaqué par Jai Hindley dans la montée de Torri di Fraele. Une opération qui aurait pourtant été bénéfique en désorganisant le relai de TGH en l’obligeant à changer de rythme pour favoriser si ce n’est pas un retour, au moins une perte de temps moindre pour Wilco Kelderman. Un indice qui indique que l’aussie devait être proche de la rupture et s’accrochait bec et ongles à la roue du coureur d’Ineos. La nécessité d’Hindley d’attaquer pour reprendre du temps du Geoghegan Hart devrait d’une part être au désagrément de son coéquipier. Mais à l’avantage du britannique qui n’aura plus sur le porte-bagage un poids mort.

Descendre vers Cesana Torinese

Loin d’être technique, la descente vers Sestrières est rapide.

Elle se fera avec un vent léger mais trois quart face, ce qui rend nécessaire le fait que Rohan Dennis soit le plus longtemps possible avec son leader pour ne pas perdre du temps dans la descente.

Tuer les oiseaux du GC

Si la lutte pour la victoire semble se résumer à Tao Geoghegan Hart contre la Sunweb, les leaders malheureux du GC ont une dernière occasion soit de renverser le Giro. Ce qui apparaît comme peu probable. Soit d’aller chercher un assessit. Un lot de consolation qui pourrait être à l’avantage de Tao Geoghegan Hart qui trouverait de la main d’œuvre supplémentaire dans une chasse au maillot rose. Cela étant dit, plus le matelas sera faible sur Kelderman, plus la question des bonifications s’imposera. La situation de Piancavallo avec Kelderman offrant sur un plateau d’argent l’étape à Geoghegan Hart ou celle de San Giovanni Rotondo l’an passé où Valerio Conti s’emparant du maillot rose avait laissé la victoire à Fausto Masnada ne devrait se produire que si le débours est important et que Wilco Kelderman est en perdition.

Sans doute, Fausto Masnada peut faire figure de facteur x. Véritable lieutenant de Joâo Almeida, le coureur de la Deceuninck Quick Step est libre maintenant que le portugais pointe à la 5e place à 2’16” du maillot rose. Architecte des 15 jours en rose de son leader, l’italien est membre d’un honorable Top 10. 9e à 6’46”, sa marge de liberté est grande. A l’aise sur les pentes du Piancavallo, l’ancien membre de la Android Gioccattoli est un véritable grimpeur. En atteste sa deuxième place au classement de la montagne de l’édition précédente. Terriblement efficace sur l’étape de Cascia lors de Tirreno Adriatico, il aura loupé de peu la gagne. Lors de l’arrivée de Sassotetto, il aura montré ses aptitudes dès que la route s’élève prenant une belle 7e place derrière le gratin prévu sur ce Giro (Simon Yates, Geraint Thomas, Rafa Majka, Alexander Vlasov et Wilco Kelderman). Le transfuge de la CCC s’inscrit comme un leader de choix pour l’ère Remco Evenepoel au sein de la DQS. Ses échappées successives corronnées par des places d’honneur à Ponte di Legno et Antholz démontre de sa caisse sur trois semaines. Nul doute que Masnada peut faire la nique même aux meilleurs comme il a eu l’occasion de le faire à Baselga di Pinè au Tour des Alpes 2019, devant un certain Tao Geoghegan Hart.

Vaincre le Géant de Sestrière

Sur une pente plus dure que celle prévue initialement. Les coureurs devaient grimper ce qui est aujourd’hui la descente, Tao Geoghegan Hart peut profiter en cas d’arrivée accompagnée de sa pointe de vitesse qu’il nous aura démontré avec toute son explosivité au cours des récentes étapes.

PRONOSTICS

Tao Geoghegan Hart podium : 2.35 – 1.15% (Winamax)

Fausto Masnada podium : 9 – 0.2% (Winamax)

Fausto Masnada vainqueur : 25 – 0.15% (Betclic)

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