Etape 10 Giro d’Italia 2020 Preview

A peine, une première semaine cloturée en fanfare qu’il faut repartir pour une deuxième. L’étape du jour a comme un parfum de Tirreno-Adriatico en se déroulant dans les Abruzzes.

Après une journée de repos sur une telle étape, le Giro ne se gagne pas mais il peut se perdre. Le final sur le circuit final autour de Tortoreto comporte une succession de murs qu’il conviendra de passer sans embûche pour les leaders.

Quelles sont les chances des échappées ?

Pour répondre à cette question, il convient de se demander qui a intérêt à chasser ? Pour qui ? Et pourquoi ?

D’emblée, la Groupama-FDJ doit être éliminée. Certes, le final est plat après le dernier passage dans le mur de Tortoreto mais Arnaud Demare n’a que très peu de chance de le passer dans le groupe se disputant la victoire.

La Bora Hansgrohe semble être l’équipe toute désignée. Seulement, l’équipe a déjà suffisamment pris les choses en main pour ne récolter que des deuxième place. L’équipe semble ne veut plus vouloir rouler pour les autres comme son coup d’arrêt sur l’étape de Brindisi. Un choix logique tant elle n’a été appuyée par aucune équipe lors des étapes passées. Qui plus est, Peter Sagan leur principal chance en cas de sprint n’est pas certain de passer les murs dans un final de mouvements.

La Sunweb devrait être un candidat logique en temps normal. Mais l’équipe a montré qu’elle ne comptait travailler pour Michael Matthews à son grand dam. Un choix qui peut s’expliquer par le fait d’avoir à la fois Wilco Kelderman (2e à 30″) et Jai Hindley (9e à 1’15 ») de placer au classement général.

MISE A JOUR : si les Sunweb pouvaient rouler pour Matthews (ce qui n’est déjà pas le cas), ce n’est désormais plus à l’ordre du jour. L’australien étant placé en quarantaine.

La Deceuninck Quick Step comme à son habitude pourrait prendre en main de peloton, en roulant piano pour endormir le peloton et laisser filer les échappées et donc de potentielles bonifications à l’arrivée pour les concurrents du maillot rose, Joao Almeida.

Fortement diminuée, la Astana n’a évidemment aucun intérêt à rouler sans le maillot rose. Tout comme l’équipe Trek Segafredo ; si cette dernière venait à le faire ce sera un aveu peu subtil d’une tentative de Vincenzo Nibali sur le circuit final. Un effort qui semble tout de même négatif dans le bilan coût-avantage.

Les équipes comme la Ineos Grenadier et la Michelton Scott sont orphelins de leur leader, elles sont donc des équipes qui se doivent maintenant de chasser les étapes (sauf Tao Geoghegan Hart et Lucas Hamilton qui sont trop proches au GC).

MISE A JOUR : Les Michelton Scott se retirent du Giro, à la suite des tests Covid.

Les Ag2R se retrouvent plus qu’à quatre et n’ont plus que les assessits en tête. Les EF éducation First n’ont personne pour jouer le Général, elle se doit de chasser comme les Ag2R. Même les équipes avec un leader faible comme la CCC (Ilnur Zakarin, 14e à 1’56 ») ou même les UAE emirates (Joe Dombrowski, 25e à 7’20 ») comme les Movistar (Antoine Pedrero, 16e à 2’27 ») doivent profiter de ces étapes.

En somme, les équipes de sprinteurs n’ont pas d’intérêt de rouler pour eux et les équipes de leaders ne prendront pas ce risque. Hormis avoir peur d’une annulation très imminente du Giro par les derniers tests Covid. Dans un final à la Tirreno-Adriatico qui pourrait être totalement dynamité. Mais ce dernier point n’empêche pas une course dans la course. Avec des échappées se partageant la victoire et des leaders se bataillant pour le Général. Le champ semble libre pour les échappées. La question est maintenant de savoir qui pour prendre la poudre d’escampette ?

Un énième départ simple implique une potentielle première heure rapide. Plus les chances des échappées sont grandes, plus la bataille est âpre. Si l’échappée venait à partir sur le plat, il ne serait pas étonnant de voir des grosses cylindrées à l’avant comme Alex Dowsett qui s’est d’ailleurs imposé à Brindisi. Seulemenr, cette fois peu de chance avec autant de murs de voir un retour d’un gros rouleur larguait dans les difficultés. La bonne devrait obtenir son bon de sortie dans la difficulté de Chieti, à partir de là son crédit accordé devrait être suffisant pour que les hommes qui l’a compose se dispute la gagne.

La victoire devrait se dessiner dans le circuit final qui comporte la double ascension (en ouverture et en clôture) du mur de Tortoreto. La première semble toutefois un peu trop loin de l’arrivée pour y espérer des mouvements et encore plus des mouvements décisifs. Avec un sommet situé à 57 kilomètres, il n’y a bien que sur une classique d’une telle opération pourrait être lancée. Hormis les gros rouleurs qui pourraient bénéficier des 15.1 kilomètres de plat séparant le mur de Tortoreto du mur de Colonnella.

Le mur de Colonnella est un mur répétorié de 3.1 kilomètres à 9.2% par les organisateurs (2.9km à 9.1% sur le segment Strava). Avec un maximum à 18%, le mur est par définition court mais intense.

Il est suivi du Controguerra, véritable pourfendeur de jambes avec ses 900 mètres à 9.7% et une pente maximale à 24%.

S’en suit deux murs successifs à Tortoreto. Le premier via Badetta : 2.5 kilomètres à 7.1%. Le mur qui techniquement devrait être celui de l’attaque décisive.

Suivi de manière quasi immédiate par la seconde et dernière ascension du mur de Tortoreto. 2.9 kilomètres à 7.3%, si la sélection n’est pas faite avant ce sera la dernière occasion.

S’en suit la descente technique et rapide vers la ville. Avant de prendre de bons boulevards bien droits et bien trop plats pour les hommes ayant une pointe de vitesse faible au sprint.

Seulement 10.9 kilomètres séparent le sommet du mur de Tortoreto de l’arrivée. Ce qui encourage nécessairement aux mouvements.

Reste que si une arrivée en groupe doit se faire, ce sera en comité extrêmement réduits. A ce jeu, les hommes les plus rapides se frottent déjà les mains.

C’est droit, c’est plat, c’est net.

Quels sont les favoris ?

Si les échappées ont de grandes chances de se disputer la gagne, il faut viser :

  • des gros rouleurs capables de sortir sur le plats
  • des puncheurs capables de faire la différence dans les forts pourcentages
  • des coureurs avec une bonne pointe de vitesse
  • des coureurs qui auront un bon de sortie en étant loin au GC

Parmi eux, Andrea Vendrame se démarque. Membre de l’équipe Ag2R, il est sans nul doute leur meilleur atout sur cette étape. Pointant à 52’24 » du leader, il a un bon de sortie accordé par la DQS. Véritable bon puncheur, il coche de nombreuses cases pour réussir à lever les bras à Tortoreto. En cas d’arrivée en petit comité, il sera nécessairement un des plus rapides si ce n’est le plus rapide. En témoigne sa 4e place à Villafranca Tirrena juste derrière Arnaud Demare, Peter Sagan et Davide Ballerini. Lors de l’étape de Roccaraso, si les images live n’était pas disponibles sur les résumés en caméra embarqués dans le peloton on a pu remarquer qu’il était l’un des coureurs qui a le plus tenté. Malheureusement pour l’italien en vain. Mais cela reste bon signe. Un coureur qui a fin dans une équipe qui n’a plus rien à perdre mais tout à gagner. Dans le final punchy de Matera, il aura montré qu’il reste un client en figurant à la 6e. Ses Top 10 sur les étapes de Visé et Erezée en Wallonie démontre une fois de plus que ce genre d’étape est taillée pour lui.

Quand on parle des caméras inside, on ne peut que mentionner Josef Cerny qui a fait montre d’envie sur les dernières étapes sans jamais prendre le bon wagon. Véritable gros moteur, si l’échappée venait à prendre le large avant la cote de Chieti il aurait de grande chance de figurer parmi les hommes de tête. 3e de l’étape de Murcia n’est pas sans démontrer ses qualités lorsque les routes s’élèvent. Sans doute que les murs sont un peu trop raides mais avec ses qualités dans l’effort individuel, il peut liser son effort. Très certainement contraint à anticiper, il ne faut cependant pas lui laisser beaucoup de marge. Et si un sprint réduit devait se dérouler sa pointe de vitesse est aussi une des plus rapides.

Il est des équipes orphelines de leur leader. La Jumbo-Visma est depuis ce matin, sans son leader Steven Kruisjwik. L’équipe est donc maintenant une chasseuse d’étape. 35e du Général à 19’43 » d’Almeida, Tobias Foss peut désormais avoir carte blanche au sein de l’équipe. Néo-pro son nom ne dira rien aux néophytes. Mais le norvégien est le vainqueur sortant du Tour de l’avenir. Ce qui place ce jeunot parmi les futurs coureurs de demain. Avec le Covid-19 déclaré de son leader, l’équipe n’est pas à l’abri de se retirer en fin de semaine comme la Michelton a du le faire à la suite des tests positifs de Simon Yates puis des membres du staff. 5e du chrono d’ouverture en dit long sur les qualités de rouleurs de Foss. Ses récents résultats sur le Tour de Hongrie montrent que tous les espoirs placés sont justifiés. Véritable bon grimpeur, il faudra pouvoir le décrocher pour espérer glaner la victoire.

Évidemment, les coureurs comme Diego Ulissi, Jhonatan Narvaez, Enrico Battaglin sont nécessairement sur ce profil des candidats très logiques de par leur profil et leur envie pour certains sur les dernières étapes (notamment le puncheur des Ineos Grenadier toujours à l’attaque). Mais sans doute, faut-il ne pas mésestimer un Tanel Kangert qui aura bien figuré lors de l’étape arrivant à Saturnia où Michael Woods s’était envolé vers la victoire sur le Poggio Murella (1.6km à 10.8%). Loin au GC : 39e à 24’51 », la voie est toute tracée du côté du coureur d’EF. Seulement, l’estonien fait partie des coureurs qui sont contraints à finir en solitaire. Sans doute, la meilleure carte EF reste Ruben Guerreiro et que Kangert attendra que la route s’élève dans les montagnes. Le temps étant compté, on pourrait voir ce dernier plus tôt à l’avance. Sauf, s’il se réserve pour dimanche… Un coureur à surveiller pour un éventuel livebet.

PRONOSTICS

Andrea Vendrame vainqueur / Top 3 : 30/6.5 – 0.5% (Winamax/Betstars)

Josef Cerny Top 3 :

Tobias Foss vainqueur / Top 3

MISE A JOUR 2 : Les Jumbo-Visma se retirent du Giro, à la suite des tests Covid.

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