Championnat du Monde sur route hommes Elites 2020 – Imola Preview

Plan Imola 2020 ©️ A.S.O.

Aigle-Martigny, nous promettait un championnat du monde comme on n’en a plus vu depuis des décennies. Un mondial pour les purs grimpeurs. Bien loin désormais est le circuit helvétique. En délocalisant la chasse aux maillots arc-en-ciel à Imola, le panel des classicmen vient se placer en trouble-fête pour tous les grimpeurs rêvant d’aborer la tunique tant convoitée.

Profil Imola 2020 ©️ A.S.O.

Un championnat du monde somme toute classique avec une distance de Monuments : 258.2 kilomètres. Un dénivelé positif cependant hors du commun avec pas moins de 5000 mètres, ce qui rend le parcours encore plus exigeant.

Modèle Meteociel WRF ©️ A.S.O.
Modèle Meteociel Arome ©️ Meteociel

Moins fort que lors du contre-la-montre de vendredi et de la course féminine. La météo prévoit des potentielles averses en début d’après suivant les modèles. Mais les averses devraient avoir lieu sur les coups de 16h en accord avec la majorité des modèles. Avec une arrivée prévue entre 16h30 et 17h, les coureurs ne devraient pas échapper à une fin de course rendue compliquée et tendue par la pluie. Coté vent, s’il souffle se sera dans la descente après la dernière difficulté ramenant au circuit automobile d’Imola.

Le circuit de 28.7 kilomètres sera à parcourir neuf fois. Deux difficultés principales le jalonne. La première étant le Mazzolano, long de 2.8 kilomètres à 5.9%. Son premier kilomètre est le plus compliqué à 9.6%. Le restant étant beaucoup plus digeste.

La descente qui s’en suit n’est pas compliquée (hormis sous la pluie) cependant peu de chance de voir des grandes manœuvres décisives dedans.

Les routes menant à Isola offre un boulevard visuel pour un groupe ou peloton en chasse. On le sait, le mondial est couru sans oreille. Le visuel sur les fuyards est donc un point important. Dans les ultimes tours, avoir une avance suffisante pour ne pas être vu est à l’avantage des attaquants.

La seconde difficulté du parcours s’est avérée chez les femmes, le fer de lance de la sélection finale. Il devrait en être de même. Sur le papier, cela ne fait guère de doute. Un sommet situé à moins de 12 kilomètres de l’arrivée. Sa montée est une bénédiction pour les meilleurs puncheurs du peloton. La Cima Gallisterna ne fait que 2.7 kilomètres à 6,4%. Mais avec 1.3 kilomètres à près de 11%. Fortement exposé au vent, sa montée est corsée et propice aux mouvements.

La particularité du parcours est que si la route a été refaite pour l’occasion, la majorité du circuit se fait sur des routes de 3 m de large. Intrinsèquement, cela créera de la nervosité à l’abord des difficultés pour se placer mais aussi étirera le peloton dans ces dernières. La guerre du placement devrait donc faire rage.

La fin du parcours offre une descente menant au circuit d’Enzo e Dino Ferrari où sera jugé l’arrivée. Pas une descente avec énormément de visuel pour qui aura 15 à 20 secondes d’avance. Ce qui favorise d’autant plus les mouvements dans la dernière des difficultés.

Wout van Aert – « I came to fight for the love of the game, unstoppable »

Grand favori désigné de tous, le belge mérite bien sa stature. Gardien de cinq victoires depuis la reprise dont les Strade Bianche, Milan-San Remo et deux étapes sur le Tour. Wout van Aert aura tantôt jouer sa carte personnelle sur les sprints tantôt était un coéquipier de luxe pour Primoz Roglic en montagne. Cela ne l’a pas empêcher de finir le Tour avec du jus. 2e du chrono vendredi avec le temps le plus rapide sur la deuxième partie, une certitude est faite. WVA est encore en forme. L’équipe de Belgique avec un tel monstre est ambitieuse et 100% derrière son leader.

Un statut d’ultra-favori qui n’est pas sans le desservir. Rapide au sprint, personne ne voudra collaborer en tête avec pour l’emmener vers un titre comme on sert un dessert sur un plateau. Pour autant, la Belgique a tout intérêt à profiter de ce marquage. D’emblée, l’évidence est que si la Belgique verrouille la course et y arrive, le boulevard s’ouvre droit devant WVA. L’intérêt de la Belgique devrait être de prendre la course à son compte pour placer sur orbite son leader. Mais Verbrugghe, le sélectionneur belge, a annoncé que ce n’est pas à eux de prendre la course à leur compte.

Un commentaire ? Bonne chance pour justifier ça aux autres sélections qui verront d’un très mauvais œil travailler pour Wout van Aert. Cependant, la Belgique peut faire aller sur un terrain où on ne l’attends pas. Il est établi d’avance que les belges ne laisseront pas des coups partir sans mettre de pions dedans. Mais qui s’attend à ce que Wout van Aert soit a l’offensive. Lui qui n’a juste qu’à être sur la défensive ? Si WVA veut gagner, il doit se débarrasser dans tous les cas de ses adversaires qui tenteront de l’esseuler mais aussi ne collaboreront pas avec lui. Anticiper avant la dernière montée du Cima Gallisterna en attaquant sera nécessairement inattendu et probablement la même stratégie puisque les attaques adverses auront lieu dans cette dernière montée.

Et si le Plan ne fonctionne pas ? Il est un coequipier qui a annoncé être à son service. Tout en maintenant l’ambiguïté autour de ses ambitions. En effet, Greg van Avermaet a eu ces mots :

Il est donc naturel que Wout soit le leader de cette équipe et qu’il reçoive toute l’aide dont il a besoin. Je suis prêt à le lui donner, mais je peux toujours garder la pression loin de Wout. J’ai certainement encore ma valeur dans cette équipe.

C’est certainement dans cette phrase qu’il faut lire que si le champion olympique a une fenêtre de tir, il l’a prendra. Et à défaut travaillera dans le final pour et avec Wout. Sans doute, la meilleure seconde chance belge au vue de la forme en deça de Tim Wellens et Tiesj Benoot.

Les sélections parasites – « Off the leash, out of the cage, an animal »

Il est des nations qui contrairement à la Belgique ont tout intérêt à ce que la course soit dynamiter. Galvanisée à domicile, la Squadra Azura est sûrement l’équipe qui devrait le plus animée la course. D’ordinaire, on aura désigné Vincenzo Nibali comme leader de la Nationale Ciclismo. Cependant, l’italien a été clair. Il arrive sur ce mondial sur la pointe des pieds. Mais est fier de l’équipe nationale qui a plusieurs cordes à son arc. Les seconds couteaux comme Damiano Caruso ou Andrea Bagioli ont un gros coup à jouer. Des italiens, ils sont en grande forme.

Le premier sur le Tour aura montré une grande troisième semaine. A la fois à la planche pour Landa sur les pentes du col de la Loze qu’à l’attaque sur les routes menant à la Roche sur Foron le lendemain. 10e du Tour, il est un des hommes qui sort avec la confiance et la forme.

Le second est un des grands animateurs des Deceuninck sur les courses annexes au Tour. Signant les prémices de ce qu’il a bâti en Italie, en remportant la première étape du Tour de l’Ain au sprint devant Roglic. Bagioli a assuré un vrai rôle de coéquipier sur le Giro dell Emilia. Avant de s’imposer de nouveaux sur les routes de la Coppi et Bartali. Que ce soit en remportant la Ronde de l’Isard que les Monuments espoirs du Lombardie et de la Doyenne. Le jeune italien a montré apprécier ce genre de profil exigeant.

Julian Alaphilippe – « I know I can beat it »

Bergen, Innsbruck, Yorshike… A chaque mondial, Alaphilippe est une figure incontournable des mondiaux où les classicmen ont leur mot à dire. Il est vrai qu’une fois de plus, le parcours est cousu main pour le français. Cependant, bien que son Tour soit teinté de jaune. La troisième semaine nous a montré si ce n’est un Julian Alaphilippe à court de jus, en manque de tranchant. Sans doute qu’à Imola, le cumul de dénivelé lui pèsera dans les cannes. Comme l’enchainement du Gnadenwald (2.6km à 10.5%) à Innsbruck avait eu raison de lui en fin d’épreuve. Mais la perspective d’un temps exécrable peut aussi peser dans la balance. Le français l’a admis l’an passé après Harrogate. Les temps pluvieux et frais ne sont pas ses préférés. Évidemment, pour la sélection française, la stratégie est simple. Si Alaphilippe est l’option numero 1, alors il convient d’avoir une course cadenassée pour économiser son leader. Le francais de la Deceuninck sera alors attendu avec une pancarte énorme pour la dernière montée où tout le monde saura qu’il attaquera. Réussira-t-il son coup comme à les cotes de Mutigny et de la Jallière ou dans le col des Quatre Chemins ? Rien n’est moins sûr.

Encore une fois, désolé de devoir dresser ce constat : Il faudra sûrement attendre un an de plus.

Michael Matthews – « Won’t give up cause I believe it »

Quand on parle de mondial cadenassé, il est un sprinteur qui peut passer les difficultés comme avait passé Salmon Hill, à Bergen. Véritable homme des championnats, ces dernières années son palmarès est effacé par les performances de Sagan.

3e à Bergen, 4e à Doha et 2e à Richmond, Matthews n’est jamais bien loin de viser la cible. Placé dans les ardennaises depuis des années, contrairement aux purs sprinteurs, Bling-Bling a prouvé maintes fois pouvoir tenir sur des reliefs escarpés.

Récemment, Matthews a montré être un des hommes forts de la reprise de la saison. Vainqueur a Plouay, 3e de Milan San Remo, Michael Matthews vient a Imola avec un co-leadership avec Porte. Mais sans nul doute de meilleure référence sur les courses d’un jour. Puisque Richie Porte au cours de ses quatorze années professionnelles aura participé à seulement 59 courses d’un course pour n’en finir à peine plus de la moitié.

Si la Belgique cherche un allier pour verrouiller la course, les sélections françaises et australiennes sont les plus à même de mettre la main à la patte. En cas de sprint en comité réduit, Matthews est sans doute le plus rapide du peloton et n’a rien à envier à Wout van Aert. Gardons à l’esprit que Matthews a fêté sa 30e bougie samedi, une médaille en guise de cadeau ne serait pas démérité.

Michael Woods – « That’s why I’m undefeated »

Quand on parle d’Italie, on ne peut éviter Michael Woods. Véritablement amoureux des classiques italiennes exigeantes, chaque année Woods y performe : Giro dell Emilia, Tre Valli Veserine, Tour de Lombardie, Milan-Turin rien n’y échappe. Décrit comme le frère de Liège- Boston- Liège, le mondial d’Imola devrait tout autant lui convenir. Le canadien n’est d’ailleurs jamais sorti du Top 10 du Monuments qui cloture le printemps des classicmen.

Rusty Woods est un des coureurs les plus en forme du Tirreno-Adriatico. Vainqueur d’une main de maître de l’étape exigeante de Saturnia. Pour triompher cependant, Woods est un des coureurs qui est presque condamné à arriver en solitaire. Il faudra donc pour le coureur de la EF d’être très intelligent. Une qualité qu’il a mainte fois démontré en course.

Et si jamais Wout van Aert venait à gagner malgré tous ces constats pour son premier mondial ? Eh bien ça serait…

PRONOSTICS

Michael Woods podium : 4.5 – 0.75% (Betclic)

Michael Matthews vainqueur/podium : 31/8.5 – 0.25% (Unibet)

Greg van Avermaet vainqueur/podium : 60/20 – 0.25% (Winamax/Betclic)

Andrea Bagioli vainqueur/podium : 86/15 – 0.15% (Pasinobet/Winamax)

Damiano Caruso gagnant/placé : 175/44.5 – 0.10%(PMU)

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