Etape 16 Tour de France 2020 Preview

Première étape du tryptique alpin, l’étape de Villard-de-Lans est le début d’une bataille qui s’annonce âpre entre les deux slovènes. Mais avant les grandes opérations, la première guerre pourrait se résumer à une guerre des tranchées.

Profil Etape 16 du Tour de France 2020 ©️ A.S.O.

Une étape au lendemain d’une journée de repos est toujours compliquée à aborder. Certains coureurs gèrent mal cette transition. Avec 3903 mètres de dénivelé positif, une journée de repos difficilement digérée se paie cash.

Avec un départ montant, peu de places au doute : les coureurs vont devoir faire une bonne séance d’home-trainer avant le départ s’ils ambitionnent de prendre le large. Tout le peloton s’attend à une chose : à ce que la Bora vise d’entrée pour faire sauter Sam Bennett très tôt. Évidemment, la solution de facilité serait de penser que la Deceuninck aurait tout intérêt de laisser filer une échappée peu fournie avec Sagan dedans pour éviter que la Bora ne chasse et éventuellement placé des pions passant mieux les difficultés que leur sprinteur pour contester les points du sprint intermédiaire au slovaque, tout en prenant une poignée de points derrière avec le peloton. Seulement, deux problèmes s’opposent à ce scénario. D’une part, les attaques incessantes des équipes ayant loupés l’échappée et les Bora qui ne désirent qu’une chose : que Bennett n’inscrive aucun point.

Bien que le départ dans la traversée de Marlieu y soit propice, l’endroit idéal pour lâcher l’irlandais porteur du maillot vert et mettre un coup de vise semble être dans la cote de Virieu.

Même si Bennett y est lâché, hors de question d’un relâchement dans la partie ascendante entre Voiron et Saint Etienne de Crossey. Avant de redescendre vers le sprint intermédiaire situé au bout de 44.5 kilomètres.

Dans ces conditions, le pied du Col de Porte devrait vite arriver. Les qualités de l’échappée ne font guère de doute : beaucoup de grimpeurs et peu de rouleurs devraient réussir à se dégager du peloton. La Jumbo-Visma a tout intérêt à laisser filer afin d’économiser ses troupes pour le lendemain, d’éviter un sprint entre leaders au sommet de Villard-de-Lans pour ne pas perdre au jeu des bonifications. D’autant que nombre de départ devrait être durci par la Bora. Chaque étape sera donc durcie et nerveuse dès le départ. De quoi pousser encore plus à une journée tranquille pour les leaders avant la grande explication. Mais pour se faire, les Killers Wasps doivent trouver l’équilibre entre hommes peu dangereux au Général et qu’assez d’équipes soient représentées dans l’échappée avant de faire rideau pour éviter qu’une équipe ne prenne la chasse à son compte.

La composition du final n’est pas sans désintéresser les leaders de se lancer dans de grandes opérations puisqu’ils devraient dans cette hypothèse batailler dans la Montée de Saint Nizier pour aller récupérer les huit secondes de bonifications au sommet.

Mais ensuite faire face à près de 18 kilomètres de plaine qui sont évidemment défavorables à un homme solitaire ou un petit groupe pris en chasse par une meute organisée.

Une logique applicable à l’échappée… sauf si une équipe peut jouer plusieurs cartes et désorganiser la chasse. Ce qui devrait être le cas de la Sunweb et des Bora. Mais je m’en expliquerais. S’ils ont tentent de partir dans Saint Nizier, il faut évidemment des qualités de rouleurs. Mais si on attend les deux kilomètres finaux, il faudra avoir des qualités de grimpeur/puncheur pour rejoindre le Balcon de Villard.

Après le sprint intermédiaire, l’étape sera finie pour Sagan dont le final n’offre que 20 points. La débauche d’énergie pour faire partie de l’échappée et pour jouer la gagne étant trop grande pour la faiblesse de points récoltés. Dès lors, les hommes de la Bora devraient être libre de jouer leur carte pour le gain de l’étape. Kamna et Schachmann qui se sont révélés d’un forme monstrueuse sur les pentes du Puy Mary devraient être de ceux-là. Le premier, qui nous avait offert un véritable spectacle sur la première arrivée à Megève sur le Dauphiné coche toutes les cases : grimpeur et extrêmement bon rouleur. Si les deux sont échappées, il ne serait pas incohérent de le voir sortir dans la Montée de Saint Nizier et faire parler ses qualités de rouleurs sur le replat. Tandis que Schachmann resterait au marquage pour un éventuel regroupement. Très actif à Laruns et Sarran, l’allemand nous a montré depuis l’an dernier qu’il est parmi les meilleurs puncheurs du monde. Disposant d’une belle pointe de vitesse, en cas d’arrivée en petit comité il sera parmi les favoris. Les deux derniers kilomètres à 7.1% lui scie comme un gant.

Mais quand on parle de jeu d’équipe, on parle surtout de la Sunweb qui nous a gratifié de masterclass sur masterclass. Tout d’abord à Sarran où Tiesj Benoot et Soren Kragh Andersen ont su la jouer très finement en propulsant Hirschi vers la victoire. Il en a été de même à Lyon, où ils ont reproduit le même schéma en profitant du marquage du petit suisse pour propulser cette fois si SKA vers la victoire. Le schéma demain pourrait être le même, avec une superposition à celui de la Bora exposé ci-dessus où Benoot attaque une fois de plus en premier au sommet de la Montée. Profitant de ses qualités de rouleurs et du marquage d’Hirschi qui fait figure d’épouvantail sur une telle étape tant Alaphilippe peut laisser des espoirs aux autres puncheurs. Le cumul de dénivelé et le marquage comme à Lyon plaidant en la défaveur du français de la Deceuninck (au-delà de son manque de forme optimale, ce qui est rassurant. Ses échéances étant après le Tour). Et si Benoot venait à se faire rattraper Marc Hirschi nous a démontré qu’il était un excellent rouleur en tenant en respect une Jumbo chassant à Laruns. Mais aussi qu’il avait un excellent sprint rivalisant avec Alaphilippe à Nice. Une pointe de vitesse qui n’est qu’une confirmation de ce que l’on a peut voir à la Klasikao et au Binck Bank Tour l’an passé. Gardons à l’esprit que ce n’est jamais anodin d’être champion d’Europe et du monde la même année chez les amateurs. Le disciple de Cancellara n’en a pas fini de nous éclabousser de toute sa classe et s’il continue comme ça, le titre de super-combatif du Tour lui tend les bras.

Qui dit troisième semaine dit dernière chance pour les équipes qui n’ont pas encore brillé de le faire. Exit le chrono de la Planche des Belles Filles qui semble promis aux leaders, exit les Champs Elysées qui sont une offrande aux sprinteurs. Exit le Col de la Loze dont le sommet semble s’ouvrir aux leaders. Les occasions pour les baroudeurs se font rares. Orphelin de Bardet, la AG2R n’a plus que les étapes à jouer et éventuellement le maillot à pois avec Nans Peters. Avec un vainqueur sortant en perdition, la Ineos doit se repenser et revoir ses objectifs sur le Tour. La B&B semble river ses yeux vers le maillot à pois avec Pierre Rolland comme homme le plus dangereux capable de le ravir aux leaders du GC. Affublé d’un Pinot sans jambes dont les seules raisons de finir le Tour sont le respect du public, la Groupama-FDJ est dans la même situation que les AG2R.

Dans une loterie pour savoir qui sera devant, mon choix se portera vers l’offensive des Groupama-FDJ et en son meilleur élément sur un tel parcours : Valentin Madouas. Le français a montré lors de l’étape du Puy Mary qu’il était en grand forme. Un peu chien fou dans sa tentative de raid après le Col de Guéry, le français a fini derrière le trio infernal au sommet du Pas de Peyrol. Ses qualités de puncheur ne sont plus à prouver. L’étape fait d’ailleurs penser dans un profil vraiment similaire à celle de San Giovanni Rotondo de la Vuelta de l’an dernier où il avait pris la 7e place. L’expérience d’un grand Tour engrangée, le français dispose d’un bon sprint comme le démontre son sprint du peloton réglé l’an dernier à l’Aquila derrière les échappées ou ses nombreuses places d’honneur derrière des hommes dont le punch et la vitesse au sprint de son plus à démontrer. Il est des récents jours sur les étapes difficiles, le coureur GFDJ le plus convainquant mais aussi le plus entreprenant.

C’est en attaquant qu’on gagnera des étapes, pas en restant dans les roues.

Valentin madouas

Ne reste plus qu’à joindre les paroles aux actes.

PRONOSTICS

Tiesj Benoot vainqueur remboursé si Marc Hirschi : 360.25% (Winamax/Unibet)

Leonard Kamna vainqueur/Top3 : 20/6 – 0.25% (Betclic/Winamax)

Maximilian Schachmann vainqueur/Top3 : 17/6 – 0.25% (Winamax)

Valentin Madouas vainqueur/Top3 : 43/10 – 0.25% (Unibet)

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