Etape 12 Tour de France 2020 Preview

Châtelaillon Plage – Poitiers promettait d’être une étape somnifère. Hormis l’attaque mafieuse de Naesen et sa bande, il n’y avait pas grand chose pour meubler l’étape. Mais « la nuit est sombre avant qu’apparaisse l’aube. Je vous promets que je vois pointer l’aube » vers Sarran. Une étape avec 3389 mètres de dénivelé positif où les chances des échappées sont grandes promet toujours quelques feux d’artifices en perspective.

Profil Etape 12 du Tour de France 2020 ©️ A.S.O.

Qui dit étape pour baroudeurs implique souvent une grosse bataille pour prendre l’échappée. Avec un sprint intermédiaire au kilomètre 51, Sagan serait bien inspiré d’aller chercher des points sur cette étape. Le slovaque, avec son déclassement et sa pénalité de treize points, pointe désormais à 68 points de Sam Bennett. Sans cette sanction, le sprinteur de la Bora ne sera qu’à seulement quinze points du sprinteur de la Deceuninck. Les choses semblent désormais différentes et le temps semble compté.

Evidemment, prendre une échappée semble compromis. La Deceuninck Quick Step ruinant toute chance du multiple porteur du maillot vert de prendre le large. C’est pourquoi nombre voit les chances des échappées augmenter. Comme c’était le cas d’ailleurs pour l’étape de Colmar en 2019 où la cote des Trois Epis (7,9km à 5,4%) et surtout la cote des Cinq Chateaux (5,3km à 6,3%) pouvaient être les rampes de lancement d’attaquants voulant se débarrasser des sprinteurs. Puisque le sommet de la dernière des deux côtés n’était située qu’à 19,5 kilomètres de l’arrivée. Un terrain somme toute favorable au mouvement comme celui menant à Sarran de cette édition 2020. Pour l’étape 5 de 2019, la Bora et la Sunweb étaient les candidates parfaites pour chasser l’échappée. Ce qui n’a pas loupé avec ces deux équipes ne laissant guère plus de 2’30 » à une échappée peu fournie et maîtrisant les attaques dans la dernière difficulté grâce une chasse rapide dans la descente qui suivie.

Bien entendu, Suc au May est outrement plus compliquée. La difficulté est indigeste. Romain Feillu décrit son revêtement comme accrocheur. Malheureusement, les images Maps ne sont disponibles pour l’ascension. Mais des vidéos YouTube comme celle-ci offrent une idée de l’ascension : https://youtu.be/4edbR1nU4bc

La route est vraiment peu large, ce qui implique que le placement est primordial pour pouvoir suivre et non subir les offensives.

Sur la vidéo, le revêtement du sommet a été refait. Mais ce sont les portions les plus faciles de Suc au May (seulement 2,2% de moyenne).

La vidéo ayant été prise au cours d’une sortie le 14 juin, quid du revêtement de la partie la plus raide ? A-t-il été refait entre temps ou l’ancien revêtement est-il maintenu ? Évidemment, cela ne change pas l’analyse mais c’est un paramètre qui augmente la difficulté de l’ascension rendant cette dernière encore plus casse-pattes.

Le meilleur endroit est bel et bien Suc au may pour un mouvement de course. Un coureur comme Julian Alaphilippe y sera forcément attendu. Mais sortir en solitaire semble de la folie. Déjà à Epernay, une telle attaque semblait suicidaire à seize bornes de l’arrivée. Il faudra compter sur dix kilomètres de plus pour relier Sarran. La cote de la Jallière, elle aussi était proche de l’arrivée : 13 km de l’arrivée. On pourrait tout autant comparer la deuxième étape à Nice. Mais la descente qui a suivi les Quatre Chemins ne faisait guère de place à un replat final suffisamment pour être rejoint. Le constat est quasi sans appel : sortir dans Suc au May oui, sortir en solitaire non.

La descente n’est pas la plus rapide de ce Tour de France mais elle reste un endroit technique où on peut prendre un peu de temps. Cependant, elle est trop courte pour espérer en gagner beaucoup. Le replat entre La Gane de Roumaillac et Le Moulin du Cher est plutôt favorable à un groupe de chasse. D’autant qu’il faudra ensuite faire face aux cinq kilomètres finaux montant vers la ligne d’arrivée à Sarran. Un menu d’exception a été concocté (neanmoins Michel n’en est pas l’artisan) pour les coureurs. A eu de le sublimer et de le digérer.

Un final que les puncheurs devraient apprécier en cas de comité réduit car il élimine par le jeu de course et sa longueur les sprinteurs purs.

Sur le papier, l’étape semble être du cousue main pour Alaphilippe. Ce dernier s’est totalement relâché dans le final de Poitiers pour perdre 4’25 » sans mettre la main à la pâte pour Sammy Be. Ce qui semble être un indicateur de ses ambitions pour l’étape de Sarran. Mais pourtant, avec l’importance des points dans la chasse au classement par points. Sagan ne peut être totalement oublié malgré les pourcentages abruptes de Suc au May.

Remontons le temps en arrière de deux ans, l’édition 2018 offrait une arrivée à Mende en franchissant la terrible cote de la Croix Neuve. Jasper Stuyven l’avait anticipé en partant à une trentaine de bornes de l’arrivée. Tandis qu’Omar Fraile lui était parti dès le pied de ladite cote pour lui aussi anticiper une attaque fatale de Julian Alaphilippe. Évidemment, le frenchie avait mis une attaque tranchante pour revenir sur les deux hommes. Dans son groupe figuré : Caruso, Geschke, Edet, Calmejane, de Gendt, Rolland, Martinez, Perez, Gorka Izaguire et Peter Sagan. Malgré les près de 10% de pente moyenne tout le long de l’ascension, le slovaque n’a jamais implosé. Dans l’impossibilité de suivre les coups, Sagan a fini à seulement six secondes d’Alaphilippe et Stuyven rejoint par ce dernier et douze secondes de Fraile qui avait viré en tête avec neuf secondes d’avance. Pour rappel, à 1 km du sommet moment où Alaphilippe est sorti du groupe Peter Sagan, le coureur de la DQS comptait 40″ de retard sur Stuyven et 15″ sur Fraile. Ce qui indique que le slovaque a fait une très grosse montée lui aussi au vue de son temps à l’arrivée et sa quatrième place.

Est-ce exceptionnel ? Cette fois cinq ans en arrière, toujours à Mende, le slovaque avait pris la cinquième place de l’étape dans le même final favorable aux puncheurs/grimpeurs. La désormais terrible et non moins célèbre étape où Pinot/Bardet c’était regardé dans le final pour laisser revenir Cummings sur eux, Sagan avait fini à seulement 9″ d’Uran, 26″ de Bardet, 27″ de Pinot et 29″ de Cummings. Dans un groupe pourtant composé de Gautier, Plaza, Jungels, Castroviejo, Yates, Bakelants, Pantano, Perichon, Kore et van Avermaet. En somme encore une fois des coureurs au dessus du slovaque dans de tel pourcentage. Ce qui rajoute à l’exploit, ce sont les attaques incessantes dans le groupe qui n’ont pu reléguer le futur champion du monde près de trois minutes comme Grivko l’a été.

Comme le comparatif le démontre, Suc au May peut être similaire à la Croix Neuve. Si tenté que les pourcentages les plus abruptes sont sur une distance plus courte. Ce qui n’interdit rien au slovaque dans sa quête aux points. Buchmann pointant à 15’35 » du Général, l’objectif de l’équipe n’est pas de maintenir un Top 20 de l’allemand mais chercher des victoires d’étape et ramener le maillot vert à Paris. Chasser l’échappée en vue de préparer un sprint pour Sagan en éliminant Bennett sur sa route n’est donc pas inenvisageable ; au contraire.

Dans un scénario similaire à Colmar sur l’édition précédente et un final pour puncheur, Greg van Avermaet a toutes ses chances. D’autant que deux options s’offrent à lui : prendre l’échappée si cette dernière est consistante ou avoir un sprint réduit grâce à une chasse conjointe de la CCC et de la Bora. Véritablement en forme, le belge sera monté en puissance depuis le Tour de Wallonie. Aérien dans le col des Quatre Chemins, réglant le sprint du groupe en chasse derrière Alaphilippe, Hirschi et Yates, le champion Olympique nous a confirmé ses jambes sur l’étape du Mont Aigoual.

Les seuls ombres au tableau pour les deux hommes semblent l’indécision du scénario échappée. Sagan arrivera-t-il ou non à s’y immiscer sans que la DQS ne s’obstine à le chasser ? Aura-t-on une échappée fournie ou maîtrisée et filtrée excellemment bien par la Bora ? Schachmann et Trentin ont tout autant un terrain à leur mesure. Le premier semble être la meilleure carte de la Bora tant il a paru en jambe sur l’étape à Laruns en étant très offensif et dans le groupe de chasse derrière Hirschi. Le second ayant une arrivée taillée pour lui mais étant confronté à une concurrence interne. Faisant partie du quatuor chassant les points du maillot vert, ses ambitions au maillot pourrait être un frein au belge.

PRONOSTICS

Peter Sagan vainqueur : 25 – 0.25% (PasinoBet)

Peter Sagan podium : 6.5 – 0.25% (Betstars)

Greg van Avermaet vainqueur : 12 – 0.21% (Winamax)

Greg van Avermaet podium : 3.5 – 0.29% (Unibet)

Double chance podium Trentin ou Schachmann : 2.8 – 1% (Unibet)

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