Etape 4 – Tour de France 2020 Preview

Première arrivée au sommet du Tour de France. Troisième étape et déjà la montagne fait son apparition pour les coureurs du peloton avec un dénivelé positif total de 3200 mètres. Trop tôt dans la course pour offrir une bataille entre leaders, les échappées ont une occasion en or se présentant devant eux. Cependant, avec un tir groupé de leaders pointant à 17 secondes du maillot jaune d’Alaphilippe, les chances des échappées sont peut-être anéantie par les espoirs de jaune de ces derniers grâce au jeu des bonifications au sommet du Col d’Orcières.

Profil Etape 4 du Tour de France 2020 ©️ A.S.O.

De prime abord, les chances des échappées semblent reposer sur la Deceuninck Quick Step. Si des hommes placés loin au Général composent l’échappée, alors l’équipe belge n’aura aucune raison de rouler et pourra passer une journée tranquille à ne pas user ses coureurs dans une chasse aux fuyards pour garder le maximum de coéquipiers avec Alaphilippe dans le final. Et éviter que ce dernier ne soit esseulé beaucoup trop vite.

La place du sprint intermédiaire pourrait jouer un rôle dans la composition de l’échappée. Il est vrai qu’au cours de l’étape 2 menant à Nice, on aurait pu penser que les équipes de sprinteurs batailleraient plus pour les points du sprint intermédiaire (SI) situé à seulement 16 kilomètres du départ. Or, il n’en a rien été. Pourtant cette fois-ci, elle pourrait être en ordre de marche. Avec cette fois-ci une étape où les baroudeurs ont une chance de s’imposer, la bataille pour prendre l’échappée pourrait être longue tant la première heure et demie est facile avec un dénivelé positif total de 0.68% pour filer tout droit jusqu’au SI. Si l’échappée venait à sortir malgré tout avant, cela impliquerait que le travail de filtrage entre Sisteron et Veynes a été correctement opéré par la Deceuninck.

Si l’échappée n’arrive pas à se dégager avant le sprint intermédiaire, alors elle partira dans le Col de Festre. Loin de 10.8 kilomètres à 4.5% est ce qu’on appelle un col roulant mais avec des portions à deux chiffres en son milieu et une bataille âpre durant une heure et demie pour tenter de prendre le large des hommes forts se dégageront dans celui-ci. Les risques de voir une échappée composée d’hommes dangereux au Général sera alors importants. Le travail de filtrage étant rendu complexe. Dès lors, avec des hommes menaçant le jaune d’Alaphilippe, la DQS sera obligée de rouler. Ce qui devrait condamner les chances des échappées.

Que la Deceuninck Quick Step roule ou non, il est des équipes qui ont tout intérêt à ce que l’échappée n’aille pas au bout. La Mitchelton Scott en tête de liste. Avec un leader en la personne de Adam Yates qui semble dans une forme éblouissante. Après son énorme sortie du peloton dans le Col des Quatre Chemins pour revenir avec aisance et rapidité sur Alaphilippe er Hirschi. Ne pointant qu’à quatre petites secondes du français, les bonifications intéressent forcément le britannique de l’équipe australienne. Pour autant cette dernière n’est pas la seule. Un véritable groupe de leaders pointe à seulement 17 secondes du maillot jaune. Pas moins de trente-deux coureurs, trente-trois si on compte Hirschi à 7 secondes. Jumbo, Education “Feust” (hommage à Thierry Adams), UAE en tête de liste, ont tout intérêt à rouler. Ce devrait donc être ces équipes que l’on devrait voir s’activer pour esseuler Alaphilippe, soit pour assurer la chasse que Deceuninck n’assumera pas.

Il est vrai que la première étape de montagne pourrait être promise à l’échappée. Mais jamais autant de leaders n’ont été si proche du jaune à son entame. Souvenons-nous l’année dernière avant la Planche des Belles Filles, Ciccone était le plus proche au Général des quatorze hommes qui ont pris l’échappée avec 1’43” de débours. En 2018, G. Thomas lui ne pointait qu’à 43″ d’un Greg Van Avermaet non dangereux pour le classement Général final mais avait au minima 48″ d’avance sur son premier réel concurrent. En 2017 dans une étape s’est disputée entre leaders. Le GC étant rapproché à l’entame de la Planche à cause du Prologue. En 2016, Greg Van Avermaet possédait plus de cinq minutes d’avance. Malgré un GC groupé derrière. L’étape s’est disputé entre échappée au Lac de Payolle. Pour retrouver situation quasi-similaire à celle du jour, il faut remonter en 2013 où Froome a bataillé avec les leaders à Ax 3 Domaines pour prendre la tête du Général. Une comparaison où on peut mettre pour seul bémol que nous étions déjà à la huitième étape et non la troisième.

Final Etape 4 du Tour de France 2020 ©️ A.S.O.

Tous les faisseaux d’indice semblent donc pointer vers une étape disputée entre leaders au sommet d’Orcières.

La montée finale n’est ni trop longue, ni trop pendue. Pas de quoi générer de gros écarts mais les premiers indices de forme des uns et des autres pourraient être révélés.

Les trains devraient certainement se mettre en marche bien avant le pied répertorié puisque le peloton grimpe inexorablement vers Merlette depuis Pont du Fossé. Ce qui donne une ascension finale totale de 14.2 kilomètres.

L’amorce du dernier virage et du kilomètre final n’est cependant pas de tout repos avec des courts passages à plus de 15%. A plus de 1800 mètres, pas de surprises possibles. Ce sont les plus punchy des leaders qui devraient s’imposer en cas d’arrivée en petit comité.

Meteo à Orcières le 1e septembre 2020 ©️ Meteociel

Une météo qui n’aura aucun impact dans la montée finale, le vent étant quasiment nul.

Si l’on parle de journées pour les favoris, on ne peut que citer Primoz Roglic. Le leader de la Jumbo a le meilleur train pour mener une montée finale à un rythme infernal. Si Tony Martin et Amund Grøndahl Jansen ne seront probablement plus de la partie en cas de travail en tête de peloton à l’approche du final, la composition du train restant est impressionnant : Wout Van Aert, Robert Gesink, George Bennett, Seth Kuss et Tom Dumoulin. Véritablement dominateur au sommet du Grand Colombier au Tour de l’Ain et du Col de Porte au Dauphiné, il est admis de tous que le slovène est le grand favori du Tour. Jugé trop tôt en forme par les uns, blessé et meurtri de sa chute au Dauphiné lors de l’étape de Megève, le vainqueur de la Vuelta 2019 reste une menace pour les prétendants au maillot jaune en paraissant jamais aussi fort et si bien entouré. Véritablement dominateur de la tête et des épaules du dernier Tour d’Espagne, l’expérience des Grands Tours devrait être un point fort dans un final pouvant s’avérer tactique. Roglic est le type de leader à grappiller seconde par seconde, il ne serait donc pas étonnant de le voir attaquer proche de l’arrivée ou même attendre le sprint en petit comité disposant d’un bon punch. On se souviendra qu’il apprécie les forts pourcentages et reste à l’aise dans les efforts intenses en montée en démontre sa montée monstrueuse sur le chrono du mondial d’Innsbruck. Même s’il n’a pas suivi l’attaque d’Alaphilippe dans le Col des Quatre Chemins, il ne faut guère faire de conclusion attive quant à une méforme. En avait-il intérêt alors que ses coéquipiers pouvaient encore travailler en tête d’un peloton encore trop fourni ? Les efforts consentis pour le gain obtenu auraient été une mauvaise opération.

Dans un final qui pourrait être animé si le train de la Jumbo-Visma ne fait pas d’écrémage par l’arrière en asphyxant le peloton par un rythme trop soutenu, Adam Yates pourrait tirer son épingle du jeu. Annonçant comme Alaphilippe ne pas viser le Général, le leader de la Mitchelton Scott a une occasion en or de revêtir le maillot jaune. Écrasant la concurrence au UAE Tour, le britannique n’a rien montré à la reprise en étant à une place qui ne semblait pas lui correspondre au Dauphiné. Le confinement a-t-il eu raison de ses jambes exceptionnelles ? La deuxième étape nous a montré que Yates a des jambes de feu. Avec ses qualités d’explosivité, il est une menace en cas d’arrivée en petit comité au sommet. Son sprint n’est pas le meilleur sur le plat mais en montée, il est tout autre. Ravissant les huit secondes de bonification au sommet du Col des Quatre Chemins à Julian Alaphilippe devrait en être la preuve pour ceux qui en douteraient.

Si Roglic doit faire face à une concurrence féroce au sein du peloton, la concurrence en interne ne doit pas être oubliée. Tom Dumoulin est venu sur ce Tour de France en tant que co-leader. Jamais vraiment à 100% dans le travail qu’il fournissait pour Primoz Roglic au Tour de l’Ain et au Dauphiné, le néerlandais entend lui aussi jouer sa carte sur cette 107e édition. Revenu avec une aisance déconcertante sur le peloton alors qu’il avait chuté dans le Col des Quatre Chemins et qu’Alaphilippe était chassé, nous démontre que TomDum est en force et à raison un des favoris au jaune. Lissant souvent ses montées, avoir un train comme la Jumbo-Visma est à son avantage. Lui permettant d’éviter les attaques des autres leaders et donc de le forcer à monter par accoups. L’arrivée à l’Alpe d’Huez 2018 ou même sa victoire à Oropa sur le Giro 2017 voire même sa montée du Gramartboden au mondial d’Innsbruck, nous démontre ses qualités tant au sprint que d’explosivité. Prendre l’ascendant sur Roglic aujourd’hui, c’est prendre l’avantage du leadership au sein des jaune et noir.

PRONOSTICS

Primoz Roglic vainqueur : 7 – 1% (Betclic)

Adam Yates podium : 3.5 – 0.5% (Unibet)

Tom Dumoulin podium : 12 – 0.5% (Winamax)

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